Bienvenue à tous. Ce mois-ci, nous délaisserons l’actualité pour plutôt nous attarder à la relation entre les deux types d’idiotine et l’un des principaux symboles associés à la folie humaine.
Lors des chroniques précédentes, nous vous avons présenté les structures conformationnelles des idiotines de type 1 et 2. Certains lecteurs perspicaces auront noté une parenté manifeste entre les structures de ces deux idiotines, bien que leurs séquences respectives d’acides aminés soient complètement différentes. Une image valant mille mots, la figure ci-dessous en dresse un constat des plus saisissant:

Figure 1 – Représentation artistique de la structure des Idiotines de type 1 et 2 (Hélène Caza, 2026)
Force est d’admettre que ces deux protéines montrent une similitude certaine quant à leur conformation, similitude qui, soit dit en passant, n’est probablement pas étrangère à leur propriété idiotinogène.
L’analogie conformationnelle ne s’arrête pas à ce simple cousinage. Là où la chose dépasse tout entendement, c’est lorsqu’on appose les deux types d’idiotine de chaque côté d’un entonnoir. Voyez plutôt :

Figure 2 – Entonnoir typique flanqué des Idiotines de type 1 et 2.
En soi, cette observation relèverait de l’anecdote si ce n’était du fait que l’entonnoir est depuis le Moyen-Âge un objet associé à la folie. Je laisse les sceptiques n’y voir là qu’une simple coïncidence. Certains autres y verront plutôt une intervention divine, bien que jusqu’à maintenant, la recherche de quelque allusion que ce soit à un lien entre l’entonnoir et la folie dans l’Ancien ou le Nouveau Testament ou même dans d’autres livres sacrés se soit révélée totalement stérile. Pour ma part, j’y vois plutôt une magnifique intuition des savants et artistes de la Renaissance qui se doutaient bien que la démence et la folie qui les entouraient étaient dues à un phénomène physiologique qui s’inspirait des propriétés de l’entonnoir.
En effet, les plus anciennes démonstrations de cette association de l’entonnoir et de la folie datent de la Renaissance, comme en font foi plusieurs toiles de Jérôme Bosch, ce truculent peintre hollandais du quinzième siècle. Nous ne bouderons pas notre plaisir de vous fournir en exemple ‘L’extraction de la pierre de folie’, l’une de ses toiles les plus célèbres.

Figure 3 – Jérôme Bosch, 1494. L’Extraction de la pierre de folie (extrait).
Dans ce tableau, on voit un médecin coiffé dudit entonnoir tenter d’extraire la pierre de folie du crâne de son patient (chez qui on devine tout de même un peu de lassitude, résultant fort probablement des neuf heures d’attente qu’il a dû se taper à l’urgence). J’ai cherché à en savoir plus long sur cette curieuse allégorie de l’entonnoir illustrant la folie. Mes brèves recherches m’ont permis d’apprendre qu’initialement, l’entonnoir symbolisait plutôt la transmission du savoir, du moins lorsque la pointe est dirigée vers le bas. Par opposition, l’utilisation de l’entonnoir comme couvre-chef avec la pointe vers le haut évoque plutôt la fuite des idées vers le ciel, ce qu’on peut métaphoriquement associer à la folie.
Il est amusant de constater que sur la toile de Bosch, c’est le médecin qui est affublé de l’entonnoir et non le patient. J’ai tenté de fouiller un peu afin de trouver une explication mais je n’ai rien trouvé de probant. Je me risque tout de même à vous présenter quelques hypothèses de mon cru:
- En premier lieu, on ne peut écarter la possibilité que le médecin ait lui-même les idées un peu dérangées, à en juger par ses approches chirurgicales pour le moins inorthodoxes.
- Bosch, qui était dit-on très rancunier, avait peut-être aussi une dent contre son propre médecin de famille, par suite d’une diarrhée épouvantable causée par une concoction que ce dernier lui avait préparée afin de guérir une crise de goutte.
- L’ami Jérôme avait peut-être aussi picolé un peu au moment de peindre sa toile si on en juge par le livre qu’il a apposé sur la tête de la religieuse nonchalamment accoudée sur la petite table à côté du patient. Qu’est-ce que cette religieuse fait là et pourquoi a-t-elle un livre sur la tête, on ne le saura jamais.
- Finalement, il est aussi possible que Bosch se soit mélangé les pinceaux dans sa compréhension de la symbolique associant l’entonnoir à la folie, d’autant plus que les outils de recherche numérique étaient plutôt limités à l’époque de la Renaissance.
Quoiqu’il en soit, on ne peut que s’incliner une nouvelle fois devant cette autre démonstration de la magnifique adaptabilité de la nature, cette nature devant laquelle on ne peut que s’émerveiller tant elle est bien faite.
Par ailleurs, cette notion de fuite des idées vers le ciel a par la suite inspiré un médecin allemand du 18e siècle, Anton Wahr (1704-1777), qui s’est servi de ce concept afin de développer une nouvelle thérapie pour traiter les gens atteints de folie. Les meilleures idées étant toujours les plus simples, ce bon docteur Wahr s’est dit: puisque le bon sens s’échappe par cette extrémité d’un entonnoir, il n’y a qu’à la boucher pour empêcher le phénomène. Il s’est donc mis à traiter ses patients atteints de folie, démence et autres formes de maladies débilitantes en leur faisant porter en permanence un entonnoir sur la tête, entonnoir au bout duquel il avait fixé un bouchon étanche, l’idée étant bien sûr d’empêcher cette supposée fuite des idées. Au prix de mille bassesses, j’ai pu mettre la main sur le dessin technique de son invention :

Figure 4 – Schéma technique du Casque-Entonnoir du Dr Wahr (1742).
Le Dr Wahr fit faire plusieurs exemplaires de ce dispositif et s’en servit pour traiter ses patients. Les résultats de ses expériences sont décrites dans son fameux grimoire publié en 1744 intitulé ‘Insania curanda infundibulo obstructo’.
Malheureusement, aucun bénéfice significatif n’est rapporté parmi la cohorte de 42 patients soumis à ce traitement pendant au moins deux mois, comme le montre la toile ci-dessous.

Figure 5 – Hans Hannity – Diptyque de 4 patients traités avec le Casque-Entonnoir du Dr Wahr (1743).
Ce diptyque réalisé par le célèbre peintre Hans Hannity (1698-1752) montre côté à côte les portraits de quatre de ces patients réalisés au début et à la fin du traitement de deux mois.
Le docteur Wahr a bien tenté par la suite de modifier son protocole. Il a ainsi exposé ses patients affublés d’un entonnoir à deux heures de soleil par jour afin de faire bouillonner le cerveau.

Figure 6 – Protocole modifié du Casque-Entonnoir du Dr Wahr – 2 heures par jour d’exposition au soleil pendant 30 jours.
Comme on peut le voir, cette variante n’a rien donné de positif, empirant même les choses à en juger par la mine des quatre individus, le cuir chevelu de certains sujets réagissant mal avec la tôle brûlante de l’entonnoir. Un peu découragé par ces résultats, le docteur Wahr a par la suite délaissé ses recherches pour se consacrer à la culture des œillets, sa deuxième passion, ce qui tua dans l’œuf cette approche thérapeutique pour le moins originale.
Pourtant, l’idée première du bouchon sur l’entonnoir n’était peut-être pas si bête. Je me permettrai donc de proposer une variante : pourquoi ne pas appliquer l’entonnoir sur la bouche du patient plutôt que sur sa tête. Bien sûr, on ne parviendra pas à guérir le patient mais, à défaut d’empêcher la fuite des idées, peut-être réussira-t-on à tout le moins à prévenir la diffusion des idioties, imbécilités et autres fadaises issues du cerveau de ces individus. Voyez plutôt.

Figure 6 – Méthode Wahr pour le traitement de l’idiotinémie (Option 1 vs Option 2) – Démonstration indéniable de l’efficacité supérieure de l’Option 2.
Je vous ai déjà montré le dessin technique du Dr Wahr, nul doute qu’avec une simple imprimante 3D, plusieurs d’entre vous seriez en mesure de fabriquer quelques spécimens de ce casque-entonnoir et de l’essayer avec quelques personnes choisies dans votre entourage. J’attends avec impatience que vous me communiquiez vos résultats.

Laisser un commentaire