Bienvenue à tous pour ce deuxième opus de notre exploration des tréfonds métaboliques de la bêtise humaine.
Lors de notre toute première chronique, nous avons présenté des faits prouvant hors de tout doute (du moins, en avons-nous l’intime conviction) l’existence de l’Idiotine. En fait, nous avancions même que non seulement l’idiotine était présente chez l’humain mais qu’elle se retrouvait même sous deux formes, soit l’idiotine de type 1 et l’idiotine de type 2.
Notre propos d’aujourd’hui portera donc sur l’idiotine de type 2, celle de type 1 ayant fait l’objet de la première chronique. Pour fins de référence, mes nouveaux lecteurs pourront cliquer sur le lien affiché à la droite de cette page afin d’en savoir plus long sur l’idiotine de type 1.
Idiotine de type 2
L’idiotine de type 2 est une protéine de 423 acides aminés sécrétée par certains types de cellule immunitaire tels que les neutrophiles et les cellules polymorphonucléaires. Tel que nous l’avons fait pour sa cousine du type 1, c’est avec enthousiasme que nous vous fournissons une représentation de la conformation tridimensionnelle de l’idiotine de type 2.

Représentation artistique de la structure de l’Idiotine de type 2 (Hélène Caza, 2026)
Contrairement à la production d’idiotine de type 1, celle de type 2 est dite inductible, les concentrations de cette protéine dans les différents liquides biologiques pouvant s’élever de manière transitoire pour des périodes allant de quelques heures à plusieurs jours. Il a été démontré de manière significative que les substances et phénomènes suivants pouvaient rapidement stimuler la production d’Idiotine de type 2 qui, en migrant au cerveau, peut entraîner une idiotinémie transitoire:
- L’alcool et autres drogues récréatives
- L’âge (assez curieusement, avec un pic de production s’observant de 10 à 20 ans)
- La concupiscence et autres formes d‘amour non-platonique
- Le vrai amour (l’idiotinémie pouvant même dégénérer jusqu’à la cécité)
- La cupidité
- Donald Trump
- Ses propos
- Sa voix
- Ses cheveux (effet corrélant avec l’intensité de la coloration orange)
- Le tabac
- Le café acheté au service à l’auto de certaines chaînes de restauration rapide
- Les réseaux sociaux
- Le besoin d’impressionner ses voisins
Cette liste est bien sûr non-exhaustive et je vois déjà l’avalanche de commentaires que je recevrai de lecteurs me proposant d’autres types de stimulus.
Exemple
Pour illustrer les effets de l’idiotinémie de type 2, la forme transitoire de la maladie, quoi de mieux que cet exemple récemment publié dans divers médias
Un homme avec un obus dans le rectum.
Une investigation rigoureuse de ce cas révèle que dans la vie de tous les jours, l’individu en question montre un comportement tout ce qu’il y a de plus conventionnel. À la limite, on pourrait même qualifier son existence de routinière et monotone. L’épisode d’idiotinémie impliquant cette surprenante utilisation d’un obus serait survenu lors d’une sauterie particulièrement bien arrosée. Au moment de la publication de cette chronique, un diagnostic final d’idiotinémie de type 2 n’avait pas encore été confirmé chez cet individu; toutefois nous lui souhaitons vivement que ce soit le cas, cet épisode malheureux ayant tout avantage à demeurer transitoire et à ne pas se reproduire. Ce constat s’applique tout aussi bien à l’individu lui-même qu’à la collectivité, ces cas malheureux ayant chaque fois pour effet de faire exploser les coûts du système de santé.
Quittons cet exemple et revenons au vif du sujet. Au cours des derniers mois, j’ai pu procédé à certaines études préliminaires du caractère transitoire de l’idiotinémie de type 2. Pour ce faire, il me fallait d’abord trouver un individu pouvant me servir de témoin négatif. Après avoir criblé une bonne vingtaine de sujets, j’ai finalement déniché ce spécimen, un homme de trente-huit ans montrant les caractéristiques suivantes :
- Laborantin travaillant depuis dix-sept ans pour le même laboratoire privé et réalisant jour après jour des tests microbiologiques sur des spécimens d’eau;
- Ce célibataire, que nous appellerons Monsieur Moche, habite chez sa mère dans un petit cinq et demi situé à six rues de son lieu de travail où il se rend à pied, partant de chez lui à huit heures vingt chaque matin de façon à arriver au bureau à huit heures trente pile;
- Tous les jours, à quatre heures cinquante-neuf, Monsieur Moche fait un X sur le calendrier affiché devant sa paillasse, officialisant par ce geste la conclusion de sa journée de travail.
- Il quitte ensuite invariablement le labo à dix-sept heures une;
- Tous les soirs, la mère de Monsieur Moche lui sert son repas à cinq heures trente;
- Tous les soirs, après avoir lavé la vaisselle, Monsieur Moche consacre une demi-heure à à faire un Sudoku pour ensuite peaufiner sa collection de timbre.
À l’aide d’un test de détection de l’idiotine de type 2, mis au point avec un anticorps monoclonal obtenu au prix de mille bassesses, nous avons pu suivre la concentration de cette protéine (en picogrammes/mL) dans des échantillons de salive que Monsieur Moche a bien voulu nous fournir sur une base mensuelle. Le graphique ci-dessous nous montre son profil idiotinémique de la dernière année :

Vous aurez sans doute noté deux timides sursauts d’idiotine de type 2 apparaissant aux mois de mai et décembre. Le premier pic correspond au repas du mercredi soir 22 mai alors que Monsieur Moche a décidé d’amener sa mère au restaurant suite à l’acquisition d’un timbre particulièrement rare qu’il recherchait depuis longtemps. Quant au second pic de décembre, il serait dû à l’achat irréfléchi sur Internet d’une pommade homéopathique permettant apparemment d’éliminer en huit jours la mycose des ongles, un souci tracassant Monsieur Moche depuis quelques mois.
La seconde étape consistait à identifier un témoin positif, une tâche qui se révéla beaucoup plus facile, votre humble serviteur se permettant de s’enrôler lui-même dans son étude. Le profil de mes propres spécimens de salive m’a donc permis de confirmer l’efficacité de ce test de détection de l’idiotine de type 2 :

Je vous ferai grâce du bilan de toutes les choses idiotes que j’ai pu accomplir durant l’année en me limitant à décrire les deux pics d’idiotinémie suivants :
- Le 29 mars de l’an dernier, afin de faire l’économie d’un élagage réalisé par un professionnel, j’ai décidé d’emprunter la tronçonneuse de mon beau-frère pour couper moi-même un arbre mort qui gisait sur ma propriété depuis quelques mois et qui franchement me gâtait la vue. L’opération a eu pour résultat final de (1) démolir le toit du garage de mon voisin, et (2) enraciner davantage la conviction de ce dernier que je suis vraiment nul avec un outil dans les mains.
- Cinq mois plus tard, le 15 août, lors d’une soirée bien arrosée avec quelques amis, j’ai misé la somme de $50 sur les chances des Maple Leafs de Toronto de remporter la Coupe Stanley.
Le cas ‘DT’: Une forme sévère d’idiotinémie de type 2
Donc, muni de ce test de détection et de mes deux spécimens témoins, j’ai pu procéder à l’investigation de plusieurs sujets montrant des signes plus ou moins avancés d’idiotinémie de type 2. Il serait trop long de vous raconter les péripéties m’ayant permis de mettre la main sur les échantillons de salive de toutes ces personnes. Un cas particulièrement intéressant s’est vite manifesté.
L’individu, que par souci de confidentialité je me vois obligé de désigner par ses initiales (DT) montre un profil absolument chaotique de ses concentrations salivaires d’idiotine de type 2, un phénomène unique qui jusqu’à maintenant n’a pu être observé chez aucun autre sujet testé. Le profil idiotinémique de DT est montré ci-dessous :

DT occupant un poste assez élevé dans la fonction publique d’un pays dont nous tairons aussi le nom, il fut relativement facile d’associer chacune de ces montées impromptues d’idiotine de type 2 avec des actions ou déclarations émanant de cette personne. Pour fins de démonstration, nous n’en citerons que quelques-unes :
- DT a déjà déclaré que l’eau de javel pourrait être utilisée pour traiter la COVID-19.
- Devant un parterre de journalistes des quatre coins du monde, il a proposé de déporter la population de la bande de Gaza pour y construire une station balnéaire paradisiaque.
- Il a aussi affirmé avoir « résolu » un conflit imaginaire entre le Cambodge et l’Arménie, deux nations séparées par une distance de 4 000 kilomètres. En fait, personne au Cambodge n’a la moindre idée où bien se trouver l’Arménie. Les arméniens interrogés pensaient quant à eux que le Cambodge était une marque de yogourt.
- Il a fait construire un grand mur entre les États-Unis et le Mexique en affirmant qu’il en ferait payer la construction par le Mexique.
- Il a attaqué l’Iran en juin 2025, affirmant solennellement avoir complètement détruit son potentiel nucléaire; il a de nouveau attaqué l’Iran moins d’un an plus tard, prétendant cette fois que ce pays était à deux semaines près de pouvoir lancer un missile nucléaire.
- Il a clamé maintes fois que le changement climatique est la plus grande arnaque de l’histoire.
Par ailleurs, je m’empresse à l’avance de tuer dans l’œuf ces affirmations farfelues que j’ai entendues émanant de la bouche de petits malins dont je tairai le nom selon lesquelles l’acronyme DT viendrait du fait que l’individu en question souffrirait de Delirium Tremens. Qu’on ne se trompe pas, le Delirium Tremens est une condition qui n’a absolument rien à voir avec l’idiotinémie de type 2.
Vous serez peut-être intéressé de savoir que nous avons fait parvenir les résultats si particuliers de notre étude à DT lui-même. Inutile de vous dire qu’il fut dévasté de connaître sa condition, tel qu’on peut voir dans la photo ci-dessous, alors qu’il exhibe par dépit son résultat de test. Encore une fois, l’obligation de confidentialité que je me suis imposée m’a incité à recourir à l’usage d’un artifice afin de préserver l’anonymat de cette personne:

La communication de ce bulletin fut un choc pour DT (on s’en doute bien), d’autant plus qu’il a la réputation d’avoir une assez haute opinion de ses facultés cérébrales. Mais laissons-là ces ragots. Certains d’entre vous serez heureux d’apprendre que depuis lors, DT a décidé de prendre sa destinée en main et de joindre les rangs des IA (Idiots Anonymes). On le voit ci-dessous, lors de sa première rencontre avec les autres membres du chapitre des IA de sa région, applaudissant tous chaleureusement leur nouvelle recrue.

Et en guise de conclusion, pour le même prix, une Anecdote :
Ce portrait de groupe nous permet par ailleurs de confirmer un effet secondaire que nous avions identifié chez certains autres sujets. Il semble en effet que la forte concentration d’idiotine de type 2 dans la salive ait pour effet de blanchir les dents, tel qu’on peut l’observer avec l’encart ci-dessous, isolant l’un des Idiots Anonymes présents sur la photo ci-dessus.

De toute évidence, cet individu n’a pas la moindre idée du fait qu’il est en pleine rechute d’idiotinémie, contrairement aux autres participants masculins de cette réunion des Idiots Anonymes qui se gardent bien d’arborer leur dentition. Quant aux deux dames présentes sur le cliché, elles affichent certes un sourire timide mais nous risquons l’hypothèse qu’elles ont toutes deux fait un arrêt à la salle de bains avant la photo, afin de vérifier que leur dentition ne trahissait aucun épisode d’idiotinémie, cette précaution prouvant par ailleurs qu’elles étaient toutes deux en rémission.
Je me demande par ailleurs si je ne devrais pas déposer un brevet sur cette découverte. Il y a peut-être là une occasion d’affaire car je suppute qu’une proportion significative d’individus seraient intéressés à utiliser cette méthode peu coûteuse leur permettant d’arborer une dentition à la blancheur impeccable même si l’opération se fait au détriment de passer pour des idiots.
Ce sera tout pour aujourd’hui. La prochaine chronique portera sur le mécanisme d’action de l‘idiotine de type 2. En attendant, laissons-nous sur cette pensée combien profonde d’Albert Einstein.


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